Pourquoi une délégation animale ?

« La cause des animaux passe avant le souci de me ridiculiser ». Emile ZOLA

La délégation animale auprès d’une collectivité n’est pas un gadget mais la volonté de répondre à une demande grandissante de notre société : l’humanisation des rapports avec les animaux. J’ai souvent entendu les mêmes discours :

« Ce sont des animaux, ils sont élevés pour ça »….

Aujourd’hui les éthologues, les études scientifiques s’accordent tous à dire que les animaux sont des êtres sensibles. A ce titre, ils sont capables d’éprouver des émotions telles que la peur, l’angoisse, ils sont capables de communiquer entre eux et tisser des liens. Les animaux sont, sans aucun doute, différents des humains, mais ils sont plus proches d’un humain que d’une table ou une chaise… pourtant ne pas prendre en compte leur sensibilité, c’est les réduire à l’état d’objet… que l’on créé, que l’on utilise et puis que l’on détruit… Parler de leur « race », de leur « espèce », c’est une volonté de ne pas parler de l’individu. C’est une volonté de se préserver d’une compassion qui pourrait remettre en cause nos pratiques, notre confort, nos préjugés.

Un brin de provocation, m’inviterait à rappeler ici, que les femmes ont obtenu leur âme que d’une très courte majorité lors du vote du concile de Mâcon en 585, et que les indigènes ont obtenu leur statut « d’être humain » en 1526 par un décret de Charles Quint reconnaissant la « liberté naturelle des indigènes »… Petite anecdote, ils ont failli ne pas avoir ce statut en raison des sacrifices animaux et humains qu’ils faisaient… pratique jugée à l’époque barbare et incivilisée.

« C’est culturel, la tradition c’est important »

Les pratiques culturelles sont un marqueur symbolique des identités sociales. Elles ne nous définissent pas intrinsèquement, mais elles sont un signe de reconnaissance. Ainsi ceux qui ont les mêmes pratiques se reconnaissent et se regroupent autour de ces pratiques. Le questionnement de la pratique culturelle est le questionnement du groupe, la peur du rejet ou de la désintégration de cette communauté, à laquelle adhérer nous sécurise… Un phénomène, très instinctif en somme, très animal…et oui, nous sommes bel et bien grégaires.

Cette sécurisation instinctive a pourtant été maintes fois dépassée. Notre histoire est riche de millions d’années d’évolution, c’est sans doute cette perpétuelle avancée qui nous maintient en vie. Nos technologies évoluent, notre compréhension du monde aussi… et nous nous y adaptons sans cesse. Aurait-on marché sur la lune, si nous en étions restés à la terre plate ? Aurait-on des satellites qui nous permettent de communiquer à l’autre bout du monde et de faire partager nos opinions, notre culture en quelques clics ?

Certaines évolutions sont même plus rapides, à peine une vie d’homme. En 1981, la peine de mort est abolie en France, mais la dernière exécution sur la place publique aura lieu le 17 juin 1939 devant la prison Saint-Pierre, à Versailles, la foule dont des enfants accompagnés de leurs parents s’amasse pour voir la tête d’Eugène Weidmann rouler sous la guillotine. A peine 22 ans plus tard, en 1961 « un carré blanc » apparait sur les programmes télévisés pour préserver nos enfants de la violence… Il parait choquant de leur montrer par télévision interposée la mort d’un homme, fusse-t’elle une fiction…

Notre culture ne se définit donc pas par des pratiques culturelles inamovibles, mais par l’évolution commune de nos valeurs, de nos réactions et choix face au monde qui nous entoure.

Aujourd’hui, les pratiques de la corrida ou de la chasse, souvent défendues au nom de la tradition sont largement décriées par notre société qui n’accepte plus ces pratiques, pratiques qui persistent en raison d’intérêts financiers sur la vente d’armes, d’équipements et d’élevages d’animaux destinés à la fusillade de loisirs. Les faisans, biches, cerfs, sangliers, mouflons proviennent aujourd’hui quasiment que des élevages destinés aux « trophées de chasse », nés en captivité, nourris par l’homme durant des mois dans des espaces clos, ils sont relâchés quelques heures avant que des chasseurs ne viennent leur tirer dessus…

« On s’occupe des animaux et pas des humains, c’est un comble ! »

Cette réflexion m’a toujours laissé pantoise, les personnes qui clament ce cri sont dissonantes : Comment peut-on demander du soin pour les humains en le fondant sur le soin des animaux, alors même qu’ils fondent leur réflexion sur la suprématie stricte de l’humain sur l’animal. Nous pourrions balayer l’argument d’un revers de main, en faisant simplement remarquer, qu’aujourd’hui l’intégralité des politiques humaines sont tournées vers l’humain : le social, le logement, le transport, les loisirs, l’éducation, la médecine et les technologies… L’homme travaille pour l’homme, dans quasiment toute son efficience…

Bien que cet argument soit matériellement complétement faux, il interpelle la maman que je suis… j’ai l’impression d’être face à ma fille qui me dit que je l’aime moins parce que je m’occupe de son frère… Toutes les mamans du monde ont alors cette réponse bienveillante : « je m’occupe de lui en ce moment parce qu’il est plus petit, comme je l’ai fait pour toi plus jeune, mais je vous aime tout autant ».

Comme le disait Alphonse de Lamartine « On n’a pas deux cœurs, un pour les animaux et un pour les humains. On a un cœur ou on n’en a pas. ».

Cette question me permet de revenir à la question initiale : pourquoi une délégation à la cause animale, pourquoi n’est-elle pas englobée dans une autre ?

Le Conseil Municipal est un collectif qui œuvre pour l’administration de la Commune, l’ensemble des conseillers municipaux et adjoints agissent par délégation du Maire sur un domaine précis, ils sont donc garants que l’objet de leur délégation ne sera pas oublié, ils doivent le défendre sur l’ensemble des dossiers.

Elue du parti animaliste, je dédie l’ensemble de mon énergie à faire avancer la cause animale. Pour être efficace, il me semble fondamental de ne pas être prise entre deux objectifs qui pourraient être antagonistes. Une Cause, une Voix. Dans les dossiers municipaux, je défends la cause animale, j’interpelle sur des angles de vues souvent oubliés, je propose des solutions alternatives et conciliantes.

Cécile Collet, Conseillère municipale déléguée à la Condition animale à Fontenay-aux-Roses

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