Billet d’humeur : est-ce que ce monde est sérieux ?

Au dernier Conseil Municipal, nous avons présenté notre rapport égalité hommes/femmes.

Ont été présentées les nombreuses actions de prévention réalisées sur le sujet, tant auprès de nos écoliers, collégiens, agents, qu’auprès des femmes victimes de violences intra-familiales entre autres.

Nous y avons également exposé les résultats de notre politique de Ressources Humaines au sein de la Mairie, laissant voir que notre plan égalité hommes/femmes était plutôt largement en faveur des femmes, et ce à tous les niveaux hiérarchiques.

Questions et commentaires étaient bienvenus sur ce sujet si délicat et actuel.

Hormis une remarque pertinente sur le fait que notre rapport ne mettait pas encore assez en valeur l’ampleur de nos actions, je dois avouer que les réactions de notre opposition autoproclamée « constructive » m’ont laissée… pantoise.

Le rapporteur officiel de cette délibération était M. Chambon, délégué au Personnel communal. Et lors de la séance du Conseil, Mme Radaoarisoa, déléguée à la Prévention, a également apporté son éclairage sur ce volet du rapport. Une femme, un homme, deux voix qui s’unissent pour promouvoir l’égalité.

Immédiatement notre « opposition constructive » nous a accusé d’avoir volontairement occulté le nom de Madame l’Elue, en faveur de Monsieur l’Elu. Puis de critiquer le fait que la couverture du rapport représentait une femme en rose et un homme en bleu.

Alors voilà, voilà où nous en sommes sur ce sujet. Pour ma part, c’est la sidération.

Fille d’immigrés, j’ai grandi dans une culture méditerranéenne que nous qualifierons de « machiste ».

La place de la femme en France était bien différente, imparfaite et critiquable. Mais les femmes jouissaient d’une liberté peu commune, liberté financière, de parole, d’habillement, de sexualité… c’est d’ailleurs cette liberté qui m’a fait choisir la nationalité française.

J’ai dû personnellement « me battre » pour gagner cette liberté qui n’était pas évidente au sein de ma famille, et j’ai été aidée par l’École, les amis, ma mère…

Et me voilà en 2021 en Conseil Municipal sur un rapport d’égalité hommes/femmes, face à des questions aussi puériles qu’incompréhensibles, symptomatiques d’une frange de féministes ultras totalement hors-sol.

Dans le monde du handicap cognitif, les couleurs ont un rôle central. On y associe des émotions, des moments de la journée, des groupes de personnes… Elles sont structurantes pour comprendre les concepts. Alors, j’aimerais qu’on m’explique le pourquoi soudain d’un si grand « mal » à associer des couleurs à des genres auprès d’enfants en construction ? Est-ce vraiment là le fond du problème, notamment à l’heure de l’école inclusive ?

Mais bon, changeons les couleurs si elles sont trop désuètes ! Et faisons une grande concertation citoyenne ! Ou votons pour qu’il n’y ait plus de couleurs du tout !

Celles qui ne souffrent de rien auront l’impression d’avoir fait avancer « la cause » et feront payer le prix de leur dépression d’adultes à nos enfants qui eux n’ont besoin que d’un cadre stable et rassurant sur lequel s’appuyer pour grandir.

Car on commence par le rose et bleu, et puis on déroule : censure de dessins animés Disney jugés anti-féminins, réécriture de livres, fin de « M. Patate », écriture dite « inclusive » qui exclut par sa complexité toutes les personnes « dys » et rendant plus inaccessible encore l’orthographe française qui déjà « se mérite »… et l’apogée : lait maternel qu’il faudrait désormais appeler lait humain (comme si on disait lait bovin), car être un mammifère qui produit du lait, c’est anti-féminin.

Ces ultras ont-elles réellement l’impression de faire avancer la cause de l’égalité ?

En censurant, en réécrivant, en occultant tout ce qui fait référence aux attributs physiques des deux sexes ? Faut-il renoncer à être un humain pour répondre à leur cahier des charges ?

Et pendant ce temps, des jeunes femmes nées en France se voient encore choisir leur mari par leur père, ne peuvent exprimer leur féminité dans l’espace public, n’ont pas eu les outils et/ou l’environnement favorable pour s’émanciper de leur famille si elles le souhaitent…

Vont-elles vraiment sortir de leur carcan grâce à ces mesures prônées par une « intelligentsia » en mal de combat et de légitimité ?

Et finalement, est-ce vraiment le droit des femmes leur souci ?

Gabriela Reigada

Adjointe au maire. Fontenaisienne. Française et européenne.

NOTA : je préfère dire et écrire hommes/femmes car il est à mon sens beaucoup plus aisé de le prononcer que femmes/hommes (à cause du h), et que cela n’est en aucun cas un acte de soumission ou quelconque autre délire complotiste.

2 réflexions sur “Billet d’humeur : est-ce que ce monde est sérieux ?

  1. Donc, selon vous, parce que la situation est pire dans d’autres parties du monde on ne devrait pas changer les habitudes en France ? Donc ne pas réagir face au harcèlement sexuel, aux inégalités dans le salaire etc ?
    De plus on devrait expliquer aux enfants (pour éviter de les perdre dans les nouvelles idées étranges de la jeunesse changeant les règles différenciant hommes et femmes) que le rose c’est les petites filles et le bleu c’est les garçons ? J’imagine aussi qu’en même temps on leur expliquera que les outils c’est pour les garçons et les poupées pour les filles?
    Votre « cadre stable et rassurant » le sera bien évidemment pour les tous les enfants ! Même les petits garçons aimant le rose et les poupées ou les petites filles aimant les camions ?
    Si je peux me permettre, le fait de renforcer les stéréotypes ne donnera pas un cadre stable et rassurant mais enfermera les enfants dans des cases qui ne leur correspondent pas du tout ce qui transformera votre beau cadre en endroit stressant provoquant entre autres des manques de confiance en soit.

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  2. Bonjour, merci pour vos remarques.
    Mon article ne parle que de la France et pointe justement le fait qu’on passe trop de temps à parler de couleurs et d’écriture inclusive et pas assez des différences de salaires, des violences intrafamiliales, du rôle du père (même congé paternité que maternité par exemple !) de la mécanique patriarcale qui conditionne bien plus que les couleurs.
    Associer une couleur à un genre permet d’accéder au concept de différence de genre (différences biologiques). Les couleurs associées aux genres ont d’ailleurs souvent changé au fil du temps. Ce n’est donc pas la couleur le soucis mais genrer des activités à travers ces couleurs. Que diriez-vous de faire des ballons, des camions, des outils roses et des barbies bleues ? J’ai une bonne nouvelle ça existe déjà. Et il suffit d’observer les jouets de nos enfants pour voir qu’ils sont de moins en moins genrés et stéréotypés. Et c’est une très bonne nouvelle.
    Je m’inquiète par contre de voir des filles en tenue de chantier avec des outils et seules : le féminisme ce n’est faire comme les hommes ou mieux que les hommes. Ce n’est pas écraser les hommes.
    Pour moi on aura réussi quand on ne se posera plus la question de « telle activité est plus pour les filles et telle autre pour les garçons », et que les enfants les choisiront en fonction de leur appétance naturelle et individuelle.
    Je tiens également à rappeler que les hommes aussi sont enfermés dans des stéréotypes difficiles : pas le droit de pleurer, d’exprimer ses sentiments, être fort physiquement, savoir se battre… On leur apprend à être des machines. Et je pense que cela occasionne tout autant de souffrance et qu’il serait bon de s’y pencher également.

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